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Evergreens Insights : Entre révolution technologique et retour à la réalité des marchés

Dans cet extrait du podcast Evergreens by Spuerkeess, nous donnons la parole à Nick Huberty (Investment Portfolio Manager), Julien Ensch (Head of Client Relationship Management) et Julien Kohn (Investment Portfolio Manager) pour revenir sur les six premiers mois de 2026. Entre l’essor spectaculaire de l’intelligence artificielle, le retour des introductions en Bourse, l’évolution des politiques monétaires et les nouvelles tensions géopolitiques, les marchés ont une nouvelle fois réservé leur lot de surprises. Quels enseignements les investisseurs peuvent-ils tirer de ce premier semestre ?

Evergreens Insights : entre révolution technologique et retour à la réalité des marchés

À l’aube de 2026, les investisseurs abordaient l’année avec un optimisme mesuré. Le scénario dominant reposait sur une croissance économique encore solide, une inflation progressivement maîtrisée et des banques centrales appelées à poursuivre une trajectoire relativement prévisible. Bref, un environnement propice aux actifs risqués.

Six mois plus tard, le constat est plus nuancé. Les marchés ont certes continué à progresser, mais cette performance repose largement sur un nombre réduit de thématiques et de valeurs. L’intelligence artificielle demeure le principal moteur de la hausse, tandis que les interrogations autour des valorisations, de la concentration des indices et des politiques monétaires gagnent en importance.

L’intelligence artificielle continue de porter les marchés

S’il fallait résumer le premier semestre en un mot, ce serait sans doute « IA ».

La révolution technologique en cours continue d’alimenter une demande considérable pour les infrastructures numériques, les centres de données et les composants électroniques qui les rendent possibles. Cette dynamique a particulièrement bénéficié aux fabricants de semi-conducteurs et aux producteurs de mémoires informatiques, dont certains ont enregistré des performances spectaculaires depuis le début de l’année.

À la différence de certaines phases spéculatives du passé, cette envolée repose aujourd’hui sur une réalité économique tangible : les bénéfices progressent, les carnets de commandes restent bien remplis et les entreprises du secteur profitent d’une demande soutenue.

Pour autant, l’histoire financière invite à la prudence. À mesure que les investissements s’accélèrent et que les valorisations atteignent des niveaux toujours plus élevés, les comparaisons avec la fin des années 1990 refont naturellement surface. Sans parler de bulle, certains investisseurs s’interrogent sur la capacité du marché à maintenir durablement des anticipations de croissance aussi ambitieuses.

L’expérience montre en effet que les marchés ont souvent tendance à corriger avant même que les résultats des entreprises ne se détériorent. Une simple stabilisation de la croissance, après plusieurs années exceptionnelles, peut parfois suffire à provoquer des ajustements importants.

La concentration des indices, un risque souvent sous-estimé

L’un des enseignements majeurs de ce semestre concerne la structure même des marchés.

De nombreux investisseurs privilégient aujourd’hui les fonds indiciels et les ETF pour accéder aux marchés mondiaux. Pourtant, derrière cette apparente diversification se cache une concentration croissante. Une part importante de la performance des grands indices internationaux provient désormais d’un nombre limité d’entreprises directement exposées à l’intelligence artificielle.

Cette réalité ne concerne pas uniquement les États-Unis. On la retrouve également à Taïwan, en Corée du Sud, au Japon ou encore en Chine, où quelques acteurs technologiques dominent de plus en plus les indices locaux.

Le phénomène soulève une question essentielle : un investisseur détient-il réellement le portefeuille qu’il pense posséder ? Aujourd’hui, même certaines stratégies dites actives ou thématiques peuvent se retrouver fortement exposées aux mêmes valeurs en raison de leur poids devenu incontournable dans les marchés.

Cette concentration constitue une source de performance lorsque la tendance reste favorable. Elle peut toutefois devenir un facteur de risque lorsque le cycle s’inverse.

Les gagnants plus discrets : cuivre, batteries et infrastructures énergétiques

Si l’intelligence artificielle monopolise l’attention, d’autres thématiques bénéficient également des grandes transformations économiques en cours.

C’est notamment le cas du cuivre, devenu l’un des métaux stratégiques de la transition énergétique et numérique. Utilisé dans les réseaux électriques, les centres de données, les véhicules électriques et de nombreuses infrastructures technologiques, il continue de profiter d’une demande structurellement élevée alors que l’offre reste limitée.

Le stockage de l’énergie apparaît également comme une priorité croissante. En Europe, le développement rapide des capacités solaires et éoliennes met en évidence la nécessité de disposer de solutions de stockage plus performantes afin de mieux gérer les fluctuations de production.

Dans ce contexte, les entreprises actives dans les batteries et les infrastructures énergétiques ont retrouvé l’intérêt des investisseurs. Plus largement, les récents épisodes de tensions géopolitiques ont rappelé que l’indépendance énergétique demeure un enjeu stratégique majeur pour le continent européen.

Les banques centrales entrent dans une nouvelle phase

Au-delà des entreprises et des secteurs, l’évolution des marchés dépendra également des décisions des banques centrales.

Aux États-Unis, le changement de gouvernance à la tête de la Réserve fédérale ouvre une nouvelle séquence. Les marchés s’interrogent déjà sur l’approche qui sera adoptée en matière de lutte contre l’inflation, mais également sur la manière dont la banque centrale communiquera avec les investisseurs.

Depuis plusieurs années, les marchés bénéficiaient d’une forte visibilité grâce aux indications données par la Fed sur son intention future de politique monétaire. Une remise en question de cette méthode pourrait accroître l’incertitude et provoquer davantage de volatilité, notamment sur les marchés obligataires.

Dans le même temps, l’évolution des taux d’intérêt continue d’influencer directement les valorisations des actifs financiers, qu’il s’agisse des actions, de l’immobilier ou des matières premières.

Le retour d’une certaine spéculation

Les premiers mois de 2026 ont également vu réapparaître certains comportements qui rappellent les épisodes les plus euphoriques des années récentes.

La multiplication des ETF à effet de levier, y compris sur des actions individuelles, témoigne d’un appétit croissant pour les stratégies spéculatives. Ces produits permettent d’amplifier les variations quotidiennes d’un titre, à la hausse comme à la baisse, mais augmentent fortement le niveau de risque pour les investisseurs.

Cette recherche de gains rapides rappelle parfois certains comportements observés lors de la vague spéculative qui avait accompagné les cryptomonnaies au début des années 2020.

Sans constituer en elle-même un signal d’alerte, cette évolution illustre néanmoins un environnement où l’abondance de liquidités et l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle alimentent parfois des valorisations difficiles à justifier exclusivement par les fondamentaux.

SpaceX, symbole d’un marché redevenu audacieux

Le retour en force des introductions en Bourse constitue un autre fait marquant du semestre.

L’opération la plus spectaculaire a sans conteste été celle de SpaceX. Portée par la notoriété d’Elon Musk et par un récit mêlant intelligence artificielle, connectivité mondiale et infrastructures du futur, l’introduction a suscité un engouement considérable.

Au-delà de l’opération elle-même, c’est l’évolution du fonctionnement des marchés qui interpelle. Plusieurs fournisseurs d’indices ont adapté leurs règles d’intégration afin de permettre une entrée plus rapide de certaines sociétés dans leurs références boursières.

Cette décision souligne l’importance croissante des flux passifs dans la formation des prix. Lorsqu’une entreprise rejoint un indice majeur, des volumes considérables de capitaux sont automatiquement dirigés vers son action, indépendamment de son niveau de valorisation.

Des fondamentaux qui demeurent solides

Malgré ces risques, plusieurs éléments invitent à conserver une lecture équilibrée de la situation.

Les grands acteurs technologiques mondiaux, souvent qualifiés d’« hyperscalers », commencent désormais à démontrer la rentabilité des investissements massifs réalisés ces dernières années dans l’intelligence artificielle et les centres de données.

Microsoft, Google ou encore Meta étaient confrontés à une question simple : les centaines de milliards investis dans les infrastructures numériques généreraient-ils un retour suffisant ? Les premiers résultats apportent progressivement une réponse positive. Les services cloud, l’intelligence artificielle générative et les nouvelles capacités de calcul contribuent déjà à soutenir la croissance de leurs revenus et de leurs bénéfices.

Autrement dit, si certaines valorisations apparaissent exigeantes, une partie des investissements qui paraissaient encore très spéculatifs il y a un an commence aujourd’hui à produire des résultats tangibles.

Quel cap pour le deuxième semestre ?

L’environnement reste contrasté.

D’un côté, les fondamentaux économiques demeurent relativement résilients, la consommation continue de faire preuve de résistance dans plusieurs régions du monde et la révolution de l’intelligence artificielle poursuit son déploiement. De l’autre, les valorisations sont élevées, la concentration des indices s’accentue et les incertitudes géopolitiques comme monétaires continuent d’alimenter la volatilité.

Dans ce contexte, la diversification reste plus que jamais essentielle. Les performances exceptionnelles observées sur certaines thématiques ne doivent pas faire oublier qu’aucun secteur, aussi prometteur soit-il, n’échappe durablement aux cycles économiques et boursiers.

Car si l’histoire montre que les grandes innovations créent de formidables opportunités, elle rappelle également que les marchés traversent toujours des phases d’enthousiasme, de consolidation et de réévaluation. L’intelligence artificielle ne fera probablement pas exception à cette règle.

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