30 juillet 2021

Le plastique dans la mer

Chaque jour, huit millions de morceaux de plastique finissent dans l'océan. Cela ne tue pas seulement les poissons, les oiseaux de mer et les mammifères marins, mais cela affecte également les humains sur terre. Nous avons parlé à Laura Mullenders (IMS Luxembourg), qui était impatiente de nous parler de la façon dont nous pouvons résoudre ce problème.

1. Laura, d'où vient la majeure partie de la pollution plastique dans nos océans ?

Les causes de la pollution plastique dans nos océans sont multiples, interconnectées et complexes. Il y a la pêche par exemple, dont de nombreux filets sont abandonnés dans l’océan. Il y a aussi nos déchets, ici en Europe, qui sont jetés le long des côtes ou dont il n’est pas rare qu’ils soient envoyés outre-mer une fois collectés et triés. Là-bas, nos déchets sont parfois recyclés mais ils peuvent également finir dans des décharges à ciel ouvert où ils vont stagner au soleil jusqu’à émettre du méthane, contaminer les eaux souterraines ou être soufflés par les vents jusqu’à atteindre des zones naturelles ou l’océan. Même en Arctique, on retrouve des débris plastiques. Et sur les côtes de Sian Ka’an, l'une des plus grandes réserves naturelles protégées du Mexique et site du patrimoine mondial de l'UNESCO, Alejandro Durán a retrouvé des déchets provenant de 58 pays différents et issus de 6 continents. C’est bien la preuve qu’il n’existe pas de frontières pour les déchets qui se retrouvent dans la nature et que nos comportements ici peuvent avoir des impacts à l’autre bout du monde. Il existe un réel besoin de prise de conscience sur ce sujet.

2. Que disent les chiffres ? La situation s'aggrave-t-elle ?

Actuellement, l'équivalent d'un camion poubelle de déchets est déversé dans l'océan chaque minute. En continuant à ce rythme, les experts estiment que d’ici 30 ans, les mers contiendront plus de matière plastique que de poissons. Si rien n’est mis en œuvre, cette situation continuera à s’aggraver puisque la population mondiale croît de plus en plus vite et, par conséquent, la consommation et les déchets qui en découlent également. Depuis quelques temps, différents acteurs s’activent pour tenter d’améliorer ces perspectives. Néanmoins, il est essentiel de renforcer les actions pour s’assurer qu’elles soient suffisantes. Cela passe par une refonte des modes de production, de consommation et du rapport aux ressources. Actuellement, le modèle linéaire de l’économie est encore très présent dans notre société avec des rapports marqués autour de l’usage unique et du recyclage comme la solution à promouvoir. Avec un shift vers une économie circulaire, ce sont davantage les notions de réutilisation et de réemploi qui priment pour réduire un maximum les déchets en les transformant en ressources.

3. Les toxines des plastiques sont déjà présentes dans notre chaîne alimentaire, car les poissons et les animaux sont intoxiqués. Comment le plastique présent dans l'océan affecte-t-il les humains ?

Avec le temps, les plastiques relâchent des substances toxiques et se décomposent en minuscules particules qui se répandent dans l'air que nous respirons, les aliments que nous mangeons et l'eau que nous buvons. C’est la problématique des micro-plastiques. Nos contacts quotidiens avec ces micro-plastiques et substances chimiques sont devenus tels, que les nouveau-nés naissent aujourd’hui avec plusieurs d’entre eux dans leur corps. Au-delà de notre santé potentiellement mise en péril, la pollution plastique a également de nombreux autres impacts sur notre bien-être. Sur le plan économique, le phénomène menace de nombreux secteurs et emplois, comme celui de la pêche ou du tourisme par exemple.

4. L'année dernière, Spuerkeess a signé votre Manifeste Zero Single-Use Plastic et nous avons cessé d'utiliser du plastique à usage unique dans nos propres bâtiments. Parlez-nous de la manière dont IMS agit pour réduire l'utilisation du plastique à usage unique. Quels sont vos objectifs et comment comptez-vous les atteindre ?

Le plastique est un matériau conçu pour durer éternellement, mais 33% de l'ensemble de sa production sont basés sur un usage unique. Avec le Manifeste Zero Single-Use Plastic, IMS a voulu dire à ses membres : « Avons-nous vraiment besoin de ces articles ultra-jetables ? Ne pouvons-nous pas, ensemble, nous tourner vers des alternatives plus durables ? » et cela a été un succès puisque d’une vingtaine de CEO engagés dans la démarche avec leur entreprise au début de notre initiative en septembre 2018, nous avons conclu le projet en décembre 2020 avec 74 signataires, représentants environ 40 000 salariés, soit 9,13% de la masse salariale au Luxembourg. Aujourd’hui, nous poursuivons nos actions avec le projet REUSE pour partager les apprentissages du Manifeste et inspirer d’autres entreprises à s’engager dans une démarche de suppression du plastique à usage unique du quotidien professionnel. Pour ce faire, nous organisons des ateliers « passage de relais » et avons mis à disposition de tous notre kit de transition  rassemblant plus de 40 alternatives à une dizaine d’articles en plastique à usage unique. Un autre aspect du projet REUSE, est la promotion du passage de l’usage unique à l’usage répété, ou du moins l’usage raisonné des ressources. Dans cette optique, nous lancerons bientôt des négociations de groupe auprès des fournisseurs et des groupes de travail autour des emballages.

5. Actuellement, 72 % de l'eau potable en Europe est contaminée par des micro-plastiques. Comment le Luxembourg se situe-t-il par rapport à ses pays voisins ?

Bien que le Luxembourg soit plutôt éloigné des côtes, cela ne signifie pas que nous sommes épargnés de la pollution plastique. En 2015, l’Administration de l’environnement a estimé que chaque année, 103 kg de déchets par kilomètre sont trouvés le long des routes nationales et 216 kg le long des autoroutes. Près de deux tiers de ces déchets sont des bouteilles en plastique, des cannettes et d’autres emballages. Ces déchets polluent les eaux souterraines qui peuvent se retrouver dans l’eau que nous buvons. Pour l’eau en bouteille, par exemple, des fibres plastiques y sont détectées dans 93% des cas avec une moyenne de 325 particules par litre.

6. Le plastique met des milliers d'années à se décomposer. Quels sont vos cinq conseils de durabilité pour nos lecteurs afin de réduire la pollution plastique dans l'océan ?

Les cinq conseils pour réduire la pollution plastique dans l’océan :

1. Intéressez-vous au tri des déchets. De nombreux outils existent aujourd’hui pour s’instruire et instruire son entourage personnel ou professionnel sur ce sujet, car souvent il y a de nouvelles choses à apprendre. Par exemple, tous les emballages plastiques ne se valent pas en termes de recyclage et donc lorsqu’il n’est pas possible de les éviter, il faudrait opter pour des solutions réutilisables ;

2. Établissez des choix éclairés pour des achats durables. Sur ce sujet, de nombreux outils existent également ;

3. Choisir des produits basés sur l’usage répété en les réparant, en les partageant ou en leur donnant une seconde vie grâce à un don, une vente ou un échange lorsque l’on souhaite s’en séparer ;

4. Contribuer à des initiatives autour de soi ;

5. Montrer l’exemple avec de simples gestes au quotidien comme ramasser un déchet qui traîne sur notre chemin, emmener une gourde, un sac, un set de couverts avec soi, etc.

                

Ces habitudes peuvent être le déclencheur pour d’autres personnes autour de nous.

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À propos du blog : 

 
Il devient urgent d’opérer une transition rapide vers une durabilité environnementale à l’échelle mondiale. Grâce aux acteurs du changement, nous pouvons aujourd’hui progresser dans cette direction. Publiée deux fois par mois, la rubrique « Pourquoi est-ce important ? » offre un bref éclairage sur les dernières tendances en matière de durabilité. Depuis mai 2021, nous nous efforçons d’éclaircir ce sujet important à travers le regard de nos experts.

 
Nous apprécions également votre contribution ! À compter de juin, ne manquez pas les conseils pratiques de nos experts à appliquer dans votre quotidien.