15 novembre 2021

La « FinTech » expliquée

Le mot « FinTech » est entré dans le dictionnaire en 2018, mais en quoi consiste la FinTech exactement et comment affecte-t-elle l’activité bancaire ? Nous nous sommes entretenus avec le Dr. Zsofia Kräussl, Chercheur au département des finances de l’Université du Luxembourg.

1. Dr. Kräussl, le mot « FinTech » est simplement une combinaison des termes « financière » et « technologie ». Il décrit l’utilisation de la technologie dans le but de fournir des services et des produits financiers aux consommateurs.

Pouvez-vous nous donner des exemples liés à la FinTech ?

En effet, la FinTech est une combinaison de deux domaines : la finance et la technologie. Par conséquent, si je devais chercher des exemples, je me tournerais vers les institutions et les banques, qui ont toujours été des pionniers dans l’adoption de technologies de pointe au sein du secteur. Le rôle et la responsabilité en matière de protection des données à caractère personnel, le maintien d’une activité fiable et de confiance, et la fourniture de services financiers, souvent transfrontaliers, face à une vitesse de transaction qui ne cesse d’augmenter : il s’agit d’autant de facteurs qui dictent la nécessité d’une adoption et d’une diffusion de la technologie. Ainsi, il existe de nombreux prestataires sur le marché qui sont spécialisés dans le développement des infrastructures ou de l’architecture afin de faciliter directement ces missions d’un point de vue opérationnel pour les banques et les institutions.

D’autre part, nous, les clients des différents services bancaires, sommes les utilisateurs finaux. Le fait d’être témoins des inefficacités et des problèmes opérationnels nous amène directement à penser qu’un changement au sein du secteur est nécessaire. Grâce à cette innovation ascendante, les entrepreneurs conçoivent et développent des services financiers qui existent « en dehors » de l’univers bancaire traditionnel. À l’heure actuelle, le marché héberge un large éventail de ces solutions dites « FinTech », allant des services de paiement rapides et faciles à utiliser, à la gestion de compte et aux conseils financiers. Les mesures réglementaires du secteur financier englobent également la numérisation, permettant ainsi à bon nombre de ces solutions d’arriver à maturité sur le marché.

2. PayPal est le géant de la FinTech le plus célèbre du secteur. Les géants sont-ils les seuls à être qualifiés de « FinTechs » ?

Non, c’est en réalité une perception erronée courante. Souvent, afin d’innover et de fournir des services à valeur ajoutée, il suffit de s’y prendre par étape et de se concentrer sur une inefficacité spécifique. De plus en plus de start-up s’installent au Luxembourg et sont imitées par des PME existantes à la recherche de nouvelles opportunités de marché. Le Luxembourg offre selon moi un environnement commercial, réglementaire et infrastructurel idéal qui permet à ces start-up de se développer et aux idées entrepreneuriales de s’épanouir.

3. Une analyse récemment publiée (voir le Global Financial Centres Index, GFCI) indique cependant que le secteur de la FinTech luxembourgeois représente une faiblesse particulière. N’est-ce pas contradictoire ?

Le Luxembourg a un rôle administratif bien établi dans l’industrie mondiale des fonds, tandis que son secteur de la banque de détail sert une petite économie. Ces caractéristiques, à mon avis, déterminent la dynamique actuelle et les faiblesses probables du secteur de la FinTech. Je suis cependant optimiste.

L’éducation est une exigence fondamentale pour stimuler la productivité du secteur. Le Luxembourg propose de nombreux programmes éducatifs intéressants et encourageants liés à la transition vers le numérique et à la numérisation ainsi que des événements créatifs de type Hackathon, et ce, même pour les enfants en âge d’aller à l’école primaire. De l’autre côté du spectre éducatif, le Master en finance et en économie de l’Université du Luxembourg vient de lancer son parcours de spécialisation d’un an, appelé « Transformation numérique dans la finance », lequel propose des cours qui couvrent des sujets allant de l’analyse avancée des données par le biais du droit numérique vers le changement institutionnel, en passant par les services numériques et les actifs numériques. Souligner l’importance de l’éducation et alimenter le marché du travail avec des diplômés qualifiés permettra d’accélérer la croissance du secteur de la FinTech au Luxembourg.

4. L’« Open Banking » a vu sa cote de popularité grimper sur les dix dernières années. Quels sont les services qu’il propose aujourd’hui ?

L’une des principales caractéristiques de l’« Open Banking » est qu’il fournit une feuille de route aux banques sur la façon de collaborer avec les prestataires de services financiers numériques, tout en gardant à l’esprit les exigences réglementaires importantes. Il offre aux banques une excellente opportunité d’adopter et de potentiellement créer (grâce à la diffusion de nouvelles idées) des services de première nécessité novateurs, adaptés aux besoins de chaque client.

La fourniture d’informations à jour et pertinentes sur la situation financière, l’intégration fréquente de différents comptes bancaires, l’accompagnement dans la prise de décision financière liée au crédit ou l’exécution de transactions de manière plus simple et plus rapide : ce sont tous des exemples de services proposés par les prestataires de services financiers numériques, et grâce auxquels les services bancaires traditionnels peuvent être améliorés.

5. À votre avis, les services financiers numériques peuvent-ils soutenir les objectifs de durabilité de notre modèle de société ?

Dans la plupart des cas, la durabilité dans le contexte de la finance – en particulier dans le contexte du Luxembourg et du secteur financier – implique que nous voulons utiliser la technologie et les services numériques pour déterminer si, et dans quelle mesure, les décisions d’investissement répondent à certains objectifs en matière d’intégration des critères ESG ainsi qu’aux exigences réglementaires.

Néanmoins, je crois sincèrement que la durabilité dans le contexte de la finance a une autre signification particulièrement importante. En tant qu’individus, nous devrions être en mesure de prendre des décisions financières en évitant des pertes considérables et de gérer la dette de notre ménage de manière à ne pas avoir d’impact négatif à long terme sur notre solvabilité. En d’autres termes, nous devrions être en mesure de conserver et de maintenir notre bien-être avec les ressources financières et les actifs qui sont à notre disposition. Par conséquent, je pense que la finance durable implique également que les ménages et les individus puissent adopter un mode de vie durable.

Il s’agit souvent d’une question de connaissances financières, d’éducation et d’information des individus sur les conséquences de leurs décisions financières dans notre monde numérique et connecté, ce qui est aussi, selon moi, la mission des services financiers numériques. Enfin et surtout : la finance durable implique que les services bancaires doivent devenir inclusifs, accessibles et faciles à utiliser à long terme dans cet environnement mondialisé.

6. Quels sont les cinq points à retenir selon vous dans le domaine de la FinTech ?

Cinq points importants pour la durabilité dans le secteur de la FinTech

1. Continuer à investir dans des projets éducatifs liés à la transition vers le numérique et à la numérisation, et sensibiliser à l’importance des données et des connaissances numériques et financières.

2. Maintenir un environnement innovant et axé sur la recherche pour la transformation numérique au Luxembourg, à la fois pour les praticiens et les universitaires.

3. Élargir la vision restreinte de la durabilité dans la finance, en soulignant l’importance de l’inclusion financière et de la finance pour les ménages.

4. Rester ouvert : nous devons tous, avec prudence, explorer et adopter les nouvelles technologies et les services innovants.

5. Valoriser la collaboration institutionnelle portée par des solutions infrastructurelles de haute technologie – qui suscitent souvent peu de confiance et sont irréversibles –, malgré la forte concurrence du marché.