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Editorial Janvier 2026

Un actif plus précieux qu’il n’y paraît

Le Petit Robert définit la confiance comme une « espérance ferme, assurance d’une personne qui se fie à quelqu’un ou à quelque chose ». Les sciences sociales vont plus loin et la décrivent comme « un état psychologique consistant à accepter une forme de vulnérabilité, sur la base d’attentes positives quant aux intentions ou au comportement d’autrui »¹.

Ainsi définie, à première vue, la confiance ne semble jouer qu’un rôle secondaire dans le métier de la gestion d’actifs. En effet, l’activité est encadrée par des contrats précis, régie par des procédures strictes et balisée par des mécanismes automatisés, à l’image, par exemple, de l’exécution d’ordres de Bourse. 

Les décisions d’investissement sont mûrement réfléchies et reposent sur des données chiffrées, des perspectives de bénéfices, des hypothèses de croissance. Somme toute, en apparence, les états d’âme ou la psychologie n’y ont que très peu de place.

Pourtant, en y regardant de plus près, la confiance est omniprésente. Les acteurs de la gestion d’actifs font confiance aux chiffres analysés — ou, à défaut, ils en recherchent d’autres plus fiables pour étayer leur argumentaire et véhiculer leurs convictions. Ils font confiance aux processus opérationnels, convaincus que les instructions seront exécutées correctement. Ils font confiance aux émetteurs, en supposant que les titres détenus sont bien reconnus et honorés. En poussant le raisonnement jusqu’à son terme, ils font même confiance à la monnaie elle-même, en pariant sur la pérennité de sa valeur.

D’ailleurs, cet état psychologique dépasse largement le cadre des marchés financiers. Les entreprises, elles aussi, doivent avoir confiance dans leur environnement économique et institutionnel. Et cette confiance « source » dépend en grande partie des États, de la stabilité politique qu’ils garantissent, du cadre réglementaire prévisible qu’ils posent, de la fiscalité cohérente qu’ils mettent en place. Historiquement, la continuité des politiques publiques et la fiabilité des règles du jeu ont toujours constitué des atouts majeurs pour attirer les entreprises… et les retenir.

Or, cette architecture de confiance est aujourd’hui mise à rude épreuve. Les prises de position du Président américain, qui balaye sans hésiter d’un revers de main des décennies de relations patiemment construites avec ses partenaires, illustrent une instrumentalisation assumée de la confiance. Elle devient un levier de pression, au service de « deals » présentés comme avantageux — du moins à court terme — pour l’économie américaine.

À moyen terme, toutefois, le coût pourrait être considérable. L’érosion de la confiance envers les États-Unis, et envers leur monnaie, risque d’avoir des répercussions profondes. Parce qu’au fond, c’est autant l’ordre géopolitique que la domination financière mondiale qui sont susceptibles de s’en trouver durablement bouleversés dans les années à venir.

¹ Proposition de traduction de : «Trust is a psychological state comprising the intention to accept vulnerability based upon positive expectations of the intentions or behavior of another.» extrait de l’ouvrage de Denise M. Rousseau, Sim B. Sitkin, Ronald S. Burt et Colin Camerer, « Not So Different After All: A Cross-Discipline View of Trust », Academy of Management Review (en), vol. 23, no 3,‎ 1998, p. 393-404. 

Carlo Stronck
Conducting Officer & Managing Director 
Spuerkeess Asset Management

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