30 septembre 2021

FLASH – Evergrande

Xavier Hannaerts, Head of Investments & Conducting Officer et Aykut Efe Economist & Strategist chez Spuerkeess Asset Management exposent le contexte dans lequel ont lieu les récents événements liés à Evergrande, le géant de l’immobilier chinois.

Le risque de défaut du géant immobilier chinois Evergrande a provoqué un mouvement de panique sur les marchés. En dehors du cours de l’action Evergrande, les différents indices boursiers, notamment chinois, ont rapidement essuyé des pertes.

Cette agitation s’inscrit dans le cadre d’une dynamique de réglementations entreprises par le gouvernement chinois qui touche de nombreux secteurs, à savoir la technologie, l’enseignement en ligne, les jeux vidéo mais aussi l’immobilier.

Récemment, le Président chinois Xi Jinping a lancé une nouvelle politique de « prospérité commune » dont l’objectif est de réduire les inégalités économiques et d’obtenir une croissance plus équitable.

Or, la hausse des prix du logement depuis deux décennies a joué un rôle prépondérant dans l’accroissement des inégalités. C’est pourquoi des restrictions connues sous le nom des « trois lignes rouges » ont été appliquées aux promoteurs immobiliers en vue de ralentir la surchauffe du secteur. Ces restrictions imposent directement aux promoteurs immobiliers une certaine discipline financière induisant une limitation de la dette et de l’activité.

Le groupe Evergrande est endetté à plus de 300 milliards de dollars US, ce qui fait de lui le promoteur immobilier le plus endetté de la planète.[1] De plus, l’entreprise est endettée auprès de plus d’une centaine de banques et d’une centaine d’institutions financières comme l’atteste l’agence de presse Reuters[2] :


“The company’s bank exposure is wide and a leaked 2020 document, written off as a fabrication by Evergrande but taken seriously by analysts, showed liabilities extending to more than 128 banks and over 121 non-banking institutions.”
 

Ainsi, les investisseurs redoutent un risque de contagion sur plusieurs plans : le marché immobilier, le système financier et l’économie dans son ensemble.

Evergrande pose un risque systémique en raison de son imbrication dans le système financier, mais aussi en raison de sa taille économique. En effet, le groupe emploie plus de 160 000 personnes et collabore avec environ 8000 entreprises.

De manière très hâtive, la presse mondiale a fait le parallèle avec la chute de Lehman Brothers en 2008, laquelle a créé une crise systémique sans précédent.

Cela dit, il semble aujourd’hui peu probable que les autorités chinoises permettent une faillite désordonnée de ce géant de l’immobilier compte tenu des implications économiques et financières potentielles.

Comparé aux économies occidentales, le secteur immobilier occupe davantage de place au sein de l’économie chinoise. Les activités de construction et les services immobiliers représentent quasiment 30% du PIB chinois, soit le double de ceux des économies développées.[3]

Compte tenu de la taille imposante du secteur, limiter l’activité aura forcément un impact sur l’ensemble de l’activité économique, sans pour autant la faire dérailler de sa trajectoire de croissance de long terme.

La croissance continuera d’être au cœur des politiques économiques de Beijing, mais une volonté de corriger les excès issus de la croissance des dernières décennies semble se dessiner.

Il s’agira pour les autorités chinoises d’assurer un certain équilibre dans la gestion de cette crise. En effet, si Evergrande est simplement considérée comme étant « too big to fail », à savoir trop gros pour faire faillite, alors un problème d’aléa moral (moral hazard) verra le jour car un secours inconditionnel d’Evergrande en utilisant les fonds publics inciterait d’autres entreprises privées à adopter des comportements risqués en matière de décisions financières.

C’est pourquoi la plupart des analystes à Wall Street cités par Bloomberg[4] préfèrent relativiser la situation. Evergrande peut très bien faire défaut sur sa dette, mais les autorités chinoises disposent des instruments nécessaires pour éviter de déstabiliser le système financier et l’économie.

 

Une des pistes les plus plausibles semble la restructuration relativement ordonnée de la dette car aucun acteur de l’économie ne sortirait gagnant d’un débordement (spillover) de l’éventuel stress engendré par le cas Evergrande.

Aujourd’hui, la Chine est un acteur à ne plus ignorer sur les marchés financiers.

Outre sa rapide montée économique, la Chine occupe de plus en plus de place au sein de l’ensemble des marchés financiers.[5]

À titre d’exemple, à partir du 1er avril 2019, près de 400 obligations émises par le gouvernement et les banques chinoises ont été ajoutées à l’indice Bloomberg Barclays Global Aggregate. Le mouvement a été suivi par JP Morgan qui a inclus les obligations chinoises à son indice flagship (produit phare) et, enfin, FTSE Russell devrait faire de même cette année.

Dans le même temps, cela a accéléré l’internationalisation du renminbi (monnaie chinoise) dont l’usage à l’étranger a considérablement augmenté.

Toutes ces nouvelles ont pesé sur les afflux de capitaux sur les marchés chinois. En effet, d’après un article du Financial Times[6] datant du 14 juillet 2021, les détentions d’actifs chinois (actions et obligations) par les investisseurs internationaux ont atteint les 800 milliards de dollars US.

En somme, la croissance économique chinoise reste prometteuse, ce qui devrait pousser la Chine à devenir un acteur de plus en plus présent sur les marchés financiers globaux.

Au fur et à mesure que cette intégration progresse, il n’est pas surprenant que de tels stress observés sur les marchés chinois touchent les marchés globaux. Nous pouvons considérer cela comme une nouvelle ordinaire et notons qu’il faudra se montrer vigilants face à ce genre de vents contraires.

Enfin, notons que la volatilité et les craintes observées sur le court terme ne devraient pas avoir d’impacts majeurs sur le long terme compte tenu des perspectives de croissance favorables que l’économie mondiale présente.

 



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